Petit guide pour les curieux, entre littérature d'anticipation et rouages dorés.
Le steampunk, c'est cette esthétique où la vapeur n'a jamais cédé sa place à l'électricité, où les dirigeables sillonnent encore le ciel, et où chaque machine — même la plus futuriste — reste faite de cuivre, de laiton et d'engrenages visibles. Un futur imaginé depuis le XIXe siècle, avec les outils du XIXe siècle.
Bien avant d'avoir un nom, le steampunk existait déjà dans les pages de Jules Verne (Vingt mille lieues sous les mers, Robur le Conquérant) et de H. G. Wells (La Machine à explorer le temps). Ces récits d'anticipation victorienne imaginaient des technologies extraordinaires — sous-marins, machines volantes, voyages dans le temps — mais toujours construites avec l'ingéniosité mécanique de leur époque : vapeur, laiton, engrenages.
Le terme « steampunk » lui-même n'apparaît qu'en 1987, inventé par l'écrivain K. W. Jeter pour désigner ce genre de fiction en hommage (et en clin d'œil) au cyberpunk, alors en vogue. Depuis, le mot a largement dépassé la littérature.
Ce qui définit visuellement le steampunk aujourd'hui : des matières nobles et patinées — cuivre, bronze, laiton, cuir — assemblées avec la précision d'une horlogerie. Des engrenages visibles, jamais cachés, presque décoratifs. Une élégance empruntée à la Belle Époque : redingotes, corsets, montres à gousset, lunettes à vitres rondes. Et un imaginaire technologique rétro-futuriste, où dirigeables, automates et machines à vapeur remplacent les technologies modernes que l'on connaît.
C'est un futur qui n'a pas oublié d'où il vient — chaque mécanisme reste visible, compréhensible, presque artisanal.
Depuis les années 2000, le steampunk a débordé de la fiction pour devenir un véritable mouvement visuel : mode (conventions et costumes steampunk dans le monde entier), design d'objets, décoration d'intérieur, et bien sûr, arts visuels. Ce qui séduit, c'est ce mélange rare entre nostalgie et imagination — un monde à la fois familier et merveilleux.
C'est exactement ce langage visuel que j'utilise pour réinterpréter des chefs-d'œuvre classiques — la Joconde, le tarot, le zodiaque, la statuaire antique — sans jamais trahir l'œuvre d'origine : sa pose, sa composition, son symbolisme restent intacts. Seule la matière change, comme si ces œuvres avaient continué d'exister, quelque part, à l'ère de la vapeur.
— Aurélien Duvernay